sensibilisation au handicap

Comment la sensibilisation d’un groupe d’apprenants au handicap peut devenir un levier d’entraide et d’inclusion ?

Acquérir une culture de l’« apprendre ensemble »

Une revue de 71 études sur l’inclusion scolaire montre que le contact régulier avec des pairs à besoins spécifiques développe des comportements d’entraide et de tolérance chez le reste du groupe et peut renforcer l’estime de soi de chacun par la confrontation à la différence (Cnesco – Qualité de vie à l’école des enfants en situation de handicapcnesco).

Des bénéfices également constatés par Diane Bourget dans son mémoire sur l’Inclusion des élèves en situation de handicap et les pratiques enseignantes en classe d’anglais. Elle relève que : "les pratiques prenant en compte les différences entre élèves apporteraient certains bénéfices pour la classe entière en termes d’apprentissage, mais principalement sur le plan humain. Diane Bourget invite à s’inspirer des pratiques inclusives de la Finlande et du Canada qui « perçoivent avant tout la diversité comme une richesse. (…) Les Finlandais considèrent que pour qu’un individu fonctionne bien dans la société, il doit apprendre à vivre avec les autres. (…) Chacun joue un rôle différent mais complémentaire dans le but d’une réussite collective.” (Source : DUMAS – L’inclusion des élèves en situation de handicap et les pratiques enseignantes en classe d’anglaisdumas.ccsd.cnrs).

Ces travaux portent sur le milieu scolaire, mais leurs enseignements dépassent largement la salle de classe : la tolérance, l’empathie et l’entraide nées du contact régulier avec des pairs en situation de handicap se construisent à tout âge — y compris en formation professionnelle.

C’est d’ailleurs exactement ce qu’a vécu Léa, alternante chez AKD Formation, au titre de formateur professionnel pour adultes. Dans le cadre de son parcours, elle a conçu une formation, en construisant un scénario pédagogique et une évaluation des acquis pour ses apprenants, dont certaines étaient ses « camarades de classe ». De manière totalement volontaire, elle a choisi la thématique de l’inclusion des personnes en situation de handicap en formation (Léa est elle-même en situation de handicap invisible). Elle a réalisé des cartes représentant chaque famille de handicap ; élaboré un quiz sur la compensation et conclut son intervention en demandant à son public auditeur de s’engager par une action concrète, en faveur de l’inclusion.

Les résultats : la parole s’est libérée ! Les participants à l’atelier se sont exprimés sur le sujet du handicap et ont souhaité développer leurs compétences en s’inscrivant à des modules d’autoformation en ligne. Autre mise en application concrète : les capsules pédagogiques créées pour l’examen final, étaient toutes sous-titrées et en caractères lisibles pour les dyslexiques.

C’est ainsi que l’inclusion par le groupe d’apprenants prend toute sa place !

Cette approche transforme la présence d’un apprenant en situation de handicap en opportunité pédagogique collective. En mobilisant la dynamique de groupe, le handicap ne s’aborde plus uniquement sous l’angle individuel d’une situation qu’il faut compenser, mais comme un levier pour développer la performance collective et les compétences professionnelles de tous les apprentis.

Comment activer la sensibilisation par le groupe d’apprenants en formation ?

  • Le bon moment : dès le démarrage d’un parcours ou juste avant (dans l’idéal). Un temps de sensibilisation peut être utile lors des moments de reprise, de changement de groupe, de stage ou de rentrée, lorsque le collectif se compose.
  • La bonne posture : Une bonne posture consiste à partir des besoins concrets, à ouvrir l’échange, à respecter la parole des personnes concernées et à rappeler que l’accessibilité bénéficie au collectif.
    La personne en charge de la sensibilisation (formateur, référent handicap…) doit parler handicap sans dramatisation, sans surprotection et sans réduction de l’apprenant handicapé à sa situation.
  • Les méthodes à mettre en place : des débats, des ateliers, des défis où par exemple les apprenants en sous-groupe doivent brainstormer pour trouver des solutions organisationnelles, technologiques ou humaines.

De son côté, le CFA ECCLOR, Centre de Formation dans les métiers de la nature et du vivant a expérimenté le Théâtre Forum, dans le cadre de l’appel à projets Réussite Apprentis 2026 HDF autour de la sensibilisation au handicap.
L’action était animée par la compagnie Au-delà du Seuil dont les comédiens sont eux-mêmes en situation de handicap, certains avec un handicap visible, d’autres avec un handicap invisible.

Les saynètes ont été choisies et travaillées avec les comédiens afin qu’elles soient proches de la réalité des jeunes : certaines portaient sur des situations de la vie quotidienne, d’autres étaient directement en lien avec leur formation ou leur future vie professionnelle.

Elles abordaient notamment l’entretien d’embauche, l’accueil d’un apprenti avec TDAH, l’arrivée d’une personne avec TSA en entreprise agricole, les troubles DYS en centre de formation ou encore une situation d’aide à domicile.

Après chaque saynète, les jeunes pouvaient réagir, proposer d’autres attitudes et venir rejouer la situation.

D’autres formats de sensibilisation ont également été déployés dans le cadre du challenge Cap’Inclusion : certains apprentis ont, par exemple, rejoué des situations professionnelles entre apprenti et employeur ; ailleurs, ils ont expérimenté différents handicaps avec du matériel (évaluer par exemple la bonne posture de travail avec du matériel spécifique comme des brouettes) ou des jeux.

Une UFA (Unité de Formation par Apprentissage associée au CFA) est même allée plus loin en demandant aux apprentis de concevoir eux-mêmes des ateliers de sensibilisation pour des enfants d’un centre de loisirs, les plaçant ainsi dans un rôle d’ambassadeurs de l’inclusion. À l’issue de la sensibilisation, les apprentis étaient également invités à réaliser collectivement une affiche représentant le message qu’ils souhaitaient transmettre sur le handicap et l’inclusion.

 

De façon générale, tous ces ateliers ont permis une prise de conscience concernant les handicaps invisibles et certaines idées préconçues. Certaines actions ont également permis de travailler des soft skills comme l’empathie, l’écoute, la communication, la coopération, l’adaptation et l’ouverture d’esprit. Dans une UFA, les apprentis sont même devenus eux-mêmes acteurs de la sensibilisation auprès d’un autre public.

La sensibilisation collective, en développant une prise de conscience globale, permet à l’individu de ne plus subir la différence. Elle peut favoriser la cohésion d’équipe autour d’un objectif commun : la réussite de tous. Elle peut aussi faciliter le développement de compétences managériales et relationnelles. En collaborant avec un pair en situation de handicap, les autres apprenants développent l’empathie, l’écoute active et la communication. Ils améliorent aussi leurs compétences relationnelles : savoir expliquer, reformuler, questionner, encourager et coopérer.

Pour des futurs managers ou techniciens, c’est un apprentissage concret de la flexibilité et de la gestion de la diversité.

Aller plus loin :

La RHF Hauts-de-France remercie John Drugman, Président d’AKD Formation et Delphine Vandenkoornhuyse, Coordinatrice du projet handicap au CFA Ecclor pour leur disponibilité et leur expertise, qui ont enrichi la portée de l’article.