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Photo : à gauche : Caroline, formatrice concernée par le handicap et à droite : Elora Decoupigny, Responsable de l’Ingénierie pédagogique au sein d’Agir pour l’Inclusion
L’expertise d’usage des personnes en situation de handicap au service de la formation : un projet autour de la pair-aidance
Dans l’article Comment la sensibilisation d’un groupe d’apprenants au handicap peut devenir un levier d’entraide et d’inclusion ?, nous avons vu comment le groupe d’apprenants peut lui-même devenir acteur de la sensibilisation.
L’organisme de formation Agir pour l’inclusion (anciennement CAMPUS formation), va encore plus loin : ce sont des personnes concernées par le handicap qui animent la formation, aux côtés du formateur.
Depuis trois ans, avec le soutien de l’OETH, ces formations sont conçues et animées en binôme. Chaque binôme réunit un formateur professionnel et un formateur concerné par le handicap. Elora Decoupigny, responsable de l’ingénierie pédagogique, revient sur cette démarche et sur ses effets concrets sur les pratiques.
Le point de départ est un constat : les personnes en situation de handicap ont une expertise d’usage. Elles savent ce qui les a aidées dans leur accompagnement, ce qui les a freinées, et surtout comment elles souhaitent être accompagnées. Pourtant, cette expertise est encore très peu exploitée en formation, et le plus souvent limitée au témoignage.
L’ambition d’Agir pour l’inclusion est que ces formations soient conçues et animées « par et avec » les personnes concernées. Elles s’adressent aux professionnels du médico-social, aux entreprises, aux collectivités, mais aussi à d’autres personnes accompagnées. Dans ce cadre, l’équipe parle d’ailleurs moins de « pair-aidance » que d’«intervention par les pairs » : il s’agit de transmettre un savoir, pas seulement de raconter un parcours.
Pour constituer les binômes, l’organisme a d’abord repéré des personnes dans son réseau. Il a ensuite lancé des appels à candidatures sur des thématiques précises (bientraitance, autodétermination, valorisation des rôles sociaux…), suivis d’entretiens. Aucun « profil idéal n’est exigé ». On part du parcours de chaque personne avec une question : « Qu’est-ce qui, dans ton parcours, a créé tes compétences ? »
Par exemple, représenter les autres résidents au conseil de la vie sociale de son établissement suppose de recueillir leur parole et de la restituer fidèlement. C’est une vraie compétence de formateur.
Les formateurs concernés suivent la même formation de formateur que leurs collègues. Ils sont rémunérés de la même façon, en CDD. Chaque binôme conçoit sa formation de A à Z et se répartit les séquences selon l’aisance de chacun. Les supports sont adaptés si besoin, avec des pictogrammes ou un appui écrit. Entre chaque session, un temps de retour d’expérience permet d’ajuster les postures et la pédagogie.
Une séance observée en Île-de-France a servi de leçon. Une partie du groupe retenait surtout de l’intervention de Caroline, formatrice concernée par le handicap : « Bravo, tu as réussi ta vie. » C’était de l’admiration, voir de la condescendance, mais cela ne faisait pas évoluer les pratiques.
On retrouve ici la posture évoquée dans l’article 1 : parler du handicap sans dramatisation, sans surprotection, et sans réduire la personne à sa situation. La réponse de l’équipe a été de légitimer la place de Caroline dès le début de la formation. Sa présentation met désormais en avant son parcours de formatrice : une dizaine de séminaires devant près de 400 personnes et cinq journées de formation sur la valorisation des rôles sociaux. Les participants comprennent ainsi, dès le départ, ce qu’elle vient leur apporter.
Des prises de conscience… des deux côtés
Les formations animées en binôme obtiennent de meilleures notes de satisfaction. Surtout, les questionnaires font apparaître des remarques comme : « L’intervention m’a fait prendre conscience qu’il fallait que j’améliore ma posture. »
Les formateurs concernés en profitent aussi. Ils occupent un rôle social valorisé et prennent conscience de ce que leur parcours leur a apporté. Caroline a par exemple rédigé un texte court sur l’autodétermination, désormais repris par de nombreuses associations. Pour aller au-delà de ces retours, une mesure d’impact est en préparation avec la Chaire autodétermination et handicap de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Cette expérience met en évidence plusieurs conditions de réussite :
- Présenter le formateur concerné comme un professionnel légitime, et non comme un témoin ;
- Prévoir du temps d'ingénierie pour que le binôme apprenne à se connaître et à se faire confiance ;
- Adapter le rythme de travail, par exemple avec des créneaux courts si la fatigue est un enjeu ;
- Débriefer après chaque session.
Une dernière limite est identifiée par l’équipe elle-même : quand une seule personne porte le projet, les actions ralentissent dès qu’elle s’absente. C’est justement la question de la continuité que nous vous proposons d’explorer lors de notre prochain Rendez-vous des Référents Handicap.
Aller plus loin
Webinaire Qualinéo « Autodétermination en ESSMS », avec l’intervention de Caroline : https://www.qualineo.io/ressources/webinars/autodetermination-essms
La RHF Hauts-de-France remercie Elora Decoupigny, Responsable de l’Ingénierie pédagogique au sein d’Agir pour l’Inclusion et Nathalie Gaudière, Responsable Qualité Certification et Conformité, pour leurs disponibilités et leurs contributions essentielles à la rédaction de cet article.
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