L’usage de l’IA en formation : comment l’IA peut-elle répondre aux besoins des apprenants en situation de handicap ? Rencontre avec Jean-Charles Cailliez

L’usage de l’IA en formation : comment l’IA peut-elle répondre aux besoins des apprenants en situation de handicap ?

Rencontre avec Jean-Charles Cailliez

HDR, directeur de LiDD École de Design, vice-président IA & Education de l’Université catholique de Lille, professeur de biologie cellulaire et moléculaire et expert en innovation pédagogique.

Parce qu’elle redéfinit les contours de l’ingénierie pédagogique et offre de nouvelles opportunités aux formateurs comme aux apprenants, l’IA a aujourd’hui un véritable impact sur l’apprentissage et le développement des compétences. Si les outils d’IA générative sont désormais accessibles gratuitement et que leur utilisation se généralise, ce sont leurs usages qui posent question. Créer de la valeur avec l’IA et la mettre au service de l’inclusion en formation ne pourra se faire que grâce à une bonne appropriation de ces outils par les formateurs, mais aussi par les apprenants, tout en maintenant une présence humaine. C’est cette conviction que Jean-Charles Cailliez a développée tout au long de l’entretien qu’il nous a accordé, partageant sa manière de faire un usage pertinent de l’IA en formation.

L’IA au service de l’inclusion : comment ça marche ?

L’IA repose sur trois principes clés :

  1. La collecte des données : elle se nourrit d’une grande quantité de données (textes, chiffres, images, sons…) provenant de sources variées (Internet, bases de données, capteurs…).
  2. L’apprentissage : des algorithmes analysent ces données afin de repérer des modèles. Grâce au machine learning (apprentissage automatique) et à la répétition, l’IA progresse au fil du temps.
  3. L’entraînement : Une fois suffisamment de connaissances acquises, on peut le confronter à de nouvelles données et lui donner des consignes : classer, résumer, traduire, détecter une anomalie… (Source : Activ’Box.)

De cette façon, l’IA bouleverse la manière dont nous apprenons et propose à l’apprenant de nouveaux chemins. Un apprenant porteur d’un trouble DYS, qui rencontre des difficultés de compréhension, peut par exemple demander à l’IA de transformer un contenu textuel de cours en schéma pédagogique. Plus il interagit avec l’outil, plus celui-ci sera capable d’adapter ses réponses. Initialement outil de production, l’IA devient ainsi un outil de compréhension, plaçant l’apprenant porteur d’un trouble DYS sur un pied d’égalité avec les autres, comme nous l’explique Jean-Charles Cailliez. De plus, l’IA ne portant pas de jugement, l’apprenant peut gagner en confiance en osant lui demander ce qu’il veut comme il veut.

L’IA devient donc l’alliée des personnes qui apprennent différemment

De la même manière, un formateur ne peut pas toujours adapter son cours à toutes les individualités. Avec l’IA, cela devient possible : il peut demander à un outil de retravailler un support de cours pour compenser certaines difficultés cognitives (repérer les idées clés, structurer une information complexe en plusieurs étapes simples…). L’IA permet d’individualiser la transmission des connaissances pour un meilleur apprentissage.

« Il faut imaginer l’IA comme une personne que vous connaissez, qui a une culture infinie, mais qui n’est pas toujours très claire dans ses explications tout en faisant des erreurs », déclare Jean-Charles Cailliez. « Mais comme l’erreur fait partie du processus d’apprentissage, celles produites par l’IA nous obligent à rester vigilants et à développer notre esprit critique. »

Les biais et les freins à l’utilisation de l’IA

L’IA ne pense pas seule, pour peu qu’elle « pense » : elle apprend à partir de données créées par l’humain et échangées avec lui. Cela pose notamment la question de la confidentialité et de la gouvernance des données. Celles-ci peuvent être incomplètes ou déséquilibrées, générant des biais dans les réponses produites. Certaines IA mettent en avant les contenus les plus fréquents ou les plus populaires, ce qui peut invisibiliser les besoins spécifiques des personnes en situation de handicap. Si une IA a été peu exposée à certains profils, elle peut mal les reconnaître ou les comprendre, entraînant erreurs, omissions ou exclusions dans ses recommandations.

Pour Jean-Charles Cailliez, « le danger de l’IA, c’est de céder à la crédulité : penser que tout ce qu’elle dit est vrai ! L’IA est en réalité une fausse bonne amie. » Elle est programmée pour apporter une réponse, peu importe sa véracité.

Il alerte également sur un autre risque : celui d’un repli sur soi de l’apprenant. La fausse empathie de l’IA peut amener à croire qu’elle est capable d’écouter et de comprendre les difficultés vécues. La personne peut alors se socialiser avec ce monde virtuel, en se déconnectant de la réalité.

Une véritable inclusion nécessite de l’éducation et de l’engagement humain

L’utilisation de l’IA doit être progressive, structurée et réfléchie. Il est essentiel de permettre aux formateurs et à leurs apprenants d’accéder aux outils, de les tester, mais aussi de bénéficier d’un accompagnement humain pour en comprendre les limites.

Les structures de formation doivent également proposer un cadre sécurisé, avec des règles claires. « Le meilleur remède aux mauvais usages de l’IA, c’est l’éducation ! » Un apprenant en difficulté ne trouvera pas seul toutes les réponses à ses questions uniquement via l’IA. Le rôle du formateur reste central : celui de l’accompagnant qui aide l’apprenant à contextualiser ses besoins, rédiger des prompts pertinents, vérifier les sources, mener une véritable réflexion, pour construire un dialogue plus intelligent avec la machine.

« Utiliser l’IA au service de l’inclusion, c’est comme apprendre à conduire un véhicule : il faut d’abord connaitre le code pour savoir maîtriser son véhicule en toutes circonstances. »

Il faut aussi pouvoir éduquer l’apprenant sur l’impact environnemental de l’IA : « chaque requête consomme des ressources considérables », ce qui invite à un usage raisonné et non systématique de ces outils.

Et Jean-Charles Cailliez de conclure : « Ce que l’IA rendra accessible à des apprenants en situation de handicap, comme par exemple transformer un texte en podcast ou en vidéo, se révélera utile à l’ensemble des apprenants. Résoudre une difficulté liée à un handicap est finalement bénéfique à tous. »